Témoignages

Expériences de la maladie psychique

« J’ai seulement la certitude d’avoir été pris sous une avalanche et d’avoir été miraculeusement préservé de l’engloutissement total. Chaque phrase que j’écris me désencombre un peu plus, faisant glisser la mort de mes épaules comme la neige, par plaques. »    Christian Bobin « Ressusciter »

« Pendant plus de 45 ans j’ai eu une vie dite « normale » famille, travail, loisirs, difficultés quotidiennes… puis suite à d’intenses souffrances sentimentales, j’ai « décompensé » sur un mode psychotique. J’ai entendu des voix, je me suis senti persécuté par des individus, j’ai écrit des messages « messianiques »; ou accusateurs à l’encontre de passablement de personnes. Cette traversée a duré environ trois ans pendant lesquels, je me suis coupé de la plupart de mes relations, « j’étais enfermé » dans des mondes clos! ; parfois porteurs de joies, souvent emprunts d’intenses souffrances. Sur le plan diagnostic cela correspond à ce que la psychiatrie nomme une schizophrénie paranoïde, pour moi cet état est un grand mystère.

Il est très difficile de décrire les éprouvés, les perceptions, liés à un trouble psychotique de ce type ; cela d’autant plus que la symptomatologie peut varier passablement d’une personne à l’autre. Pour ce qui me concerne, j’ai eu « des conversations » sur le plan psychique pendant des milliers d’heures, avec « des interlocuteurs » très différents les uns des autres, « les relations » étant pratiquement similaires à celles entretenues avec des personnes incarnées. Certains dialogues correspondaient à des échanges amicaux, d’autres étaient plutôt des injonctions qui m’incitaient à faire certaines choses pas nécessairement pertinentes (ne pas me rendre à un rendez-vous médical, fumer au-delà de raison, boire de l’alcool…). Certaines limites étaient toutefois posées, en particulier, le fait de ne jamais faire preuve de violence physique envers autrui ou encore d’agir de manière à ne pas me trouver dans l’illégalité; cela mis à part certains de « mes » propos qui auraient pu faire l’objet de plaintes pénales des personnes concernées ; je m’excuse auprès de celles-ci. Actuellement, je pense me rappeler moins de 10 % des choses évoquées pendant les phases « de transmissions », de « messages » à des tiers.

Maintenant que je retombe progressivement sur mes pieds, je mesure l’ampleur des dégâts occasionnés par ce cyclone; j’ai le sentiment de me retrouver après une bataille qui a ravagé ma vie et mis à mal passablement d’autres personnes. L’intensité et la longue durée de cette décompensation ont eu pour conséquences de presque totalement m’isoler; j’ai vécu un divorce, j’ai rompu avec la plupart de mes amis, j’ai perdu mon travail… ; ce n’est pas un hasard si en psychiatrie on évoque fréquemment une phase dépressive qui fait souvent suite à un épisode psychotique. Cela dit, j’ai la chance d’avoir actuellement une amie qui partage ma vie et de ne présenter que peu de symptômes déficitaires (perte de compétences sociales, appauvrissement du vocabulaire…). Mes difficultés résident principalement dans le processus de re-socialisation qui n’est pas évident après un pareil séisme; il n’est en effet pas facile de regagner la confiance des gens et de ne pas être stigmatisé comme « malade mental » avec cette représentation d’incurabilité qui accompagne souvent ce qui touche au domaine de la psychiatrie. »   

Le fait de délirer

Le fait de délirer, d’entendre des voix, d’avoir des hallucinations  est « une perte du rapport au normal » (Petit Robert) ; celui-ci est socialement et psychologiquement envisagé comme une forme d’irruption du chaos dans le psychisme. À travers mon expérience, « perdre la raison » m’a mis en lien avec le pire comme avec « le meilleur » ; les souffrances, l’isolement, l’agressivité, les peurs ont largement dominé cette expérience existentielle particulièrement douloureuse. Toutefois, le fait de ne plus se situer dans un rapport à ce qui est envisagé comme normal dans une culture peut « ouvrir certaines portes ». En ce qui me concerne, cela m’a permis de réaliser une soixantaine de dessins – alors que j’ai toujours considéré cette activité comme ne faisant pas partie de mes compétences – ou encore d’avoir le sentiment d’être « guidé afin de découvrir des pierres représentatives, à  mon sens, de vestiges archéologiques non répertoriés ». Cela peut sembler bien peu, puisqu’empreint de subjectivité et pouvant donc être assimilable à un processus psychique défaillant ; ces mouvements sont également considérés par certains comme créatifs, telles les œuvres présentées au musée de l’art brut à Lausanne.

De ce point de vue, la notion de folie comprend passablement d’acceptions différentes et contradictoires ; Jean Jaurès disait : « Les progrès de l’humanité se mesurent aux concessions que la folie des sages fait à la sagesse des fous. » Selon le contexte dans lequel l’on se situe, le « normal » ne revêt pas les mêmes formes. La culture occidentale comporte clairement en elle des aspects de folie (individualisme, mercantilisme, utilisation abusive des ressources naturelles…). Les personnes les plus vulnérables, sensibles ou exposées, peuvent vivre cela sous la forme de souffrances psychiques aigües (maladies mentales). Ces troubles se manifestent le plus souvent sous  forme de vicissitudes, qui se situent bien loin de la sagesse ou de la sérénité ; ceux-ci nous disent des choses urgentes sur les dysfonctionnements de notre société.

Blaise Rochat

Expériences anonymes d’hospitalisdation

« J’ai été hospitalisé sept à huit fois à l’hôpital. La huitième fois, je l’ai bien vécu pour la première fois. L’hôpital a respecté ma demande en ce qui concerne les médicaments et les entretiens avec l’infirmière. »

« Comme mon hospitalisation avait lieu en pleine période de fêtes, c’était un peu difficile car je devais souvent changer de médecin. Il y avait un médecin qui m’avait prescrit un médicament qui me faisait dormir tout le temps. Je ne voulais plus le prendre mais il m’y obligeait, alors j’ai téléphoné à mon médecin traitant qui a pris contact avec lui et jusqu’à la fin de mon séjour je n’ai plus pris ce « fameux » médicament.
Il est vraiment indispensable que le médecin traitant puisse suivre de près le patient durant son hospitalisation. Qu’il suive également son évolution, la médication et prenne part aux décisions importantes. C’est très rassurant et réconfortant de savoir que son médecin traitant est proche et attentif à notre situation.
Lorsqu’on a été hospitalisé en milieu psychiatrique, il est bien difficile d’en ressortir indemne. On se sent automatiquement fragilisé, diminué aux yeux de ses proches et de son entourage. La peur permanente de ne plus être à la hauteur est constante.
Même en ayant été consentante pour mon hospitalisation, le sentiment d’infériorité et de culpabilité demeure très présent. La peur d’entraîner les miens dans mes phobies et ma dépression, reste ma plus grande angoisse.
Même si je mets toutes les chances de mon côté pour m’améliorer et rendre viable la vie de famille, je reste consciente que le mal dont je souffre est incurable et que je dois vivre avec. »

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